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Nature morte à la brioche et au compotier, 1947

Aquarelle sur papier, signée en bas au centre.
50 x 66 cm

Provenance
Galerie Louis Carré

Exposition :
Exposition de natures mortes, de Géricault à nos jours, Musée d’art et d’industrie de Saint-Étienne, 24 avril - 30 mai 1955, n°50.

Bibliographie :
Fanny Guillon-Lafaille, Catalogue raisonné des aquarelles, gouaches et pastels de Raoul Dufy, vol. II, Louis Carré, Paris, 1981, n°1461, p.145.

Certificat établi par Fanny Guillon-Lafaille.



Dufy semblait prendre un plaisir égal à dessiner et à peindre des choses très diverses : un coin de table, un nu, une marine, un paysage, une foule… tout lui était, sans hiérarchie, source
d’inspiration. Tout, dans sa vie quotidienne, était spectacle et tout était prétexte au dessin,
à la peinture.

Dans son registre si particulier, qui se plait à introduire de multiples signes graphiques pour ponctuer l’espace et qui n’hésite pas à introniser dans une composition des éléments relevant plutôt du langage décoratif, Dufy nous offre la présence joyeuse de cette Nature morte à la
brioche et au compotier.

En cette seconde moitié des années 1940, qui voit à peine s’achever la guerre et ses privations, peindre une brioche ne revêt sans doute pas la même signification que celle qu’elle pourrait avoir pour un peintre français de notre temps, habitué à n’en avoir jamais manqué.
À la date à laquelle Dufy réalise cette aquarelle, cette brioche, gonflée et dodue, est sans douteune fête à elle seule, symbolisant le retour de temps plus cléments.
Trônant fièrement sur la table où le compotier exhibe ses fruits, citrons et oranges aux couleurs vives, cette brioche est couronnée par un ruban doré à acanthes végétales, qui jaillit comme un prolongement naturel des fruits.

Plusieurs natures mortes de l’artiste reprennent cet élément, dans des compositions diverses (dont l’une est conservée à l’Art Institute of Chicago), où le compotier, toujours présent, accueille des fruits différents selon la saison. Tour à tour, la brioche est remplacée par des couverts et une serviette, des amandes et un broc, ou encore d’autres fruits…

À bien y regarder, il semblerait que cette frise décorative évoque un cadre doré ou un miroir, probablement accroché au mur de la salle à manger. Certaines compositions décrivent plus précisément cet élément, tandis qu’il prend peu à peu, dans d’autres travaux de cette série, une dimension allusive, libre et délibérément décorative. Devenant ruban, fronton ou incursion végétale stylisée, cet élément, au premier abord surprenant, vient éclairer toute la sensibilité
de l’artiste.